Au nom d'Allah , dieu d 'Abraham et tous les autres prophètes









C omment éviter les amalgames faits entre la communauté musulmane et les groupes terroristes ?

Mohamed FAKHRDINE, recteur de la mosquée de Farébersviller et président du Grand-Est de l’Union des mosquées de France : « Je crois que la religion musulmane est depuis des siècles frappée de préjugés. Et cette méfiance à l’égard de l’islam a été entretenue au fil du temps par les autres religions monothéistes, mais également par les États. Et puis, il y a le terrorisme qui touche le monde en général et le monde musulman en particulier. La déviance de certains jeunes musulmans qui se laissent happer par internet. Qui prennent pour argent comptant le flot d’inepties déversé par la propagande terroriste, sans jamais consulter un imam ou un érudit. Le problème, c’est que beaucoup de gens voient en tout musulman un terroriste. Je me souviens de cette phrase d’Hassan II roi du Maroc. Il disait, "nous sommes un milliard de musulmans sur terre. Et si vous rencontrez un jeune musulman qui pratique un islam qui ne plaît à personne et dont nous sommes les premières victimes, sachez que ces individus ne représentent que 0,0001 % de l’ensemble des fidèles. Donc soyez un peu indulgents. »

Pensez-vous que des groupes comme Daesch représentent une forme ultraradicale de l’islam ?


« Pour ma part, ces groupes n’ont rien à voir avec l’islam. Ce sont des organisations fascistes et mafieuses qui, un jour, sont sorties de nulle part, fortement armées et organisées. Qui est derrière tout cela ?

En revanche, ce qui est préoccupant c’est que ces terroristes recrutent parmi des jeunes frappés par l’ignorance et la naïveté. Ils utilisent internet qui est un outil difficile à contrôler. Leurs discours, c’est du trompe l’œil et notre religion est prise en otage par ces mouvances. La technologie leur a permis de trouver un moyen rapide, peu cher et efficace pour toucher le cœur et l’esprit des gens. »

Quels sont les signes qui peuvent alerter d’une possible radicalisation ?

« En premier lieu, c’est l’isolement. Un jeune qui se retranche dans sa chambre et qui s’abreuve de vidéos, de discours et de slogans trouvés sur internet. Son comportement change, il devient agressif avec son entourage, sa famille, leur reprochant de s’être occidentalisés. Ce phénomène est malheureusement l’expression d’une forme de déperdition. En France, il se sent étranger, au "pays" c’est la même chose. Vous y ajoutez le désœuvrement, le manque d’éducation et vous avez là une potentielle recrue pour Daesch. »

Pour lutter contre la radicalisation, vous évoquez la religion du juste milieu. C’est-à-dire ?


« Dans la religion, tout est basé sur l’équilibre et cet équilibre ne doit pas être perturbé par les extrêmes. D’où l’idée de modération, y compris dans la religion. Mais chez nous, les musulmans, l’islam n’est pas dissocié de la vie courante. Il en fait partie. Pratiquer au quotidien, c’est trouver le juste milieu, c’est aimer son prochain quelle que soit sa religion, c’est faire le bien aux autres autant qu’à soi-même. »

L’Union des mosquées de France tiendra son congrès régional les 8 et 9 avril à Saint-Avold et Creutzwald sur le thème religion et religiosité. Une rencontre dans un contexte sensible où la radicalisation nuit à la communauté musulmane. Entretien avec Mohamed Fakhrdine, président du Grand-Est et recteur de la mosquée de Farébersviller.

Mohamed Fakhrdine revient sur la notion de djihad. « En Europe en particulier, les non-musulmans et peut-être aussi les musulmans pensent que c’est mener la guerre contre les "infidèles". En fait, le djihad est un devoir religieux qui s’exerce sur soi-même. C’est se battre contre son ego, faire preuve d’abnégation, lutter contre ses démons, pour devenir meilleur, se perfectionner de jour en jour. C’est devenir un modèle pour soi-même, pour les autres, sa famille, ses amis et l’humanité entière. C’est atteindre une certaine sagesse et revendiquer des valeurs humanistes et universelles. »



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