Leçon 98
Bataille d'Al-Khandaq
jusqu'à la Trêve d'Al-Hudaybiya


Bataille d'Al-Khandaq (de la Tranchée)
Un pacte d'alliance liait les musulmans Khazrajites aux juifs des Banû An-Nadîr de la banlieue de Médine. Ce pacte fut violé par les juifs qui attentèrent à la vie du Prophète (BP sur lui). En revanche, en l'an 4 de l'hégire, le Prophète et les musulmans menèrent un raid contre eux et les chassèrent de leurs habitations qui échurent par conséquent aux mains des musulmans. Ces juifs exilés ne purent désormais jamais rester en paix. Une délégation d'eux se rendit à La Mecque et s'entretint avec les chefs qoraïchites. Les deux parties s'accordèrent – tout avec la tribu de Ghatafân - à se réunir pour la guerre contre les musulmans. Ainsi, les Qoraïchites et leurs alliés de Kinâna, joints par les Ghatafân et leurs alliés de Najd se préparèrent à une attaque d'envergure. L'armée issue de cette coalition comptait 10 mille combattants, avec Abû Sufyân comme commandant général.


La nouvelle lui étant parvenue, le Prophète (BP sur lui) demanda à ses Compagnons leur avis sur la stratégie de défense. Salmân Al-Fârisî émit la proposition de creuser une tranchée traversant l'entrée nord de Médine. Et ce fut fait. Les Qoraïchites et les forces coalisées avancèrent jusqu'au bord de la tranchée où ils campèrent. De l'autre côté de la tranchée s'installèrent les musulmans, au nombre de 3 mille, avec le Prophète (BP sur lui) en tête. Des volées de traits partirent de part et d'autre des deux camps pour une vingtaine de jours. Le Prophète (BP sur lui) engagea des gardiens aux abords de la tranchée pour éviter toute infiltration pendant la nuit. Qui plus est, il assurait en personne la garde du point le plus critique. Las de la longue durée du siège, un bataillon de cavaliers polythéistes tenta de traverser la tranchée à cheval : les uns tombèrent se cassant les cous, d'autres se heurtèrent à la résistance musulmane. Une bataille qui dura un jour entier.


Bataille de Banû Quraydha
Le Prophète (BP sur lui) fut prévenu de l'intention des juifs de Banû Quraydha siégeant en banlieue médinoise de rompre, eux-aussi, leurs pactes conclus avec lui. Alors il retrancha de ses troupes 500 hommes et les fit retourner pour assurer la garde des femmes et du reste de la population à Médine. Effectivement, au dévoilement de l'agenda caché des Banû Quraydha, les soucis s'accentuèrent ; les musulmans ayant ressenti l'étau de l'animosité se resserrer sur eux, non seulement de l'extérieur mais aussi de l'intérieur. Toutefois, Allah – à Lui la Puissance et la Gloire – soutint Son Messager avec de quoi fragiliser les rangs ennemis : ceux-ci tombèrent en proie aux traîtrises et aux machinations, jusqu'à ce que régnassent la paralysie et la défiance sur le camp des coalisés. Enfin, le Très-Haut les frappa d'une tempête glaciale dans une nuit ténébreuse. Une tempête qui fit renverser leurs ustensiles et écraser leurs pots, astreignant enfin les coalisés à retourner chez eux, après cette nuit bizarre. Ce fut ainsi qu'Allah – Exalté soit-Il – délivra les musulmans de cette calamité où ils auraient dû faire face à une coalition des tribus arabes et juives à la fois.


Cet incident eut lieu entre les mois de chawwâl et de zhul-qi`da de l'année 5 hégirienne.
Bilan : 5 martyrs musulmans et 3 mécréants tués.


A peine se rendit-il à Médine, le Prophète (BP sur lui) refusa d'enlever le costume de guerre avant de régler les comptes. Il frappa les Banû Quraydha d'un siège pour leur trahison et leur violation du pacte avec les musulmans. Le siège dura vingt-cinq nuits au bout desquelles les assiégés risquèrent de périr, et cédèrent enfin à se soumettre au jugement du Prophète (BP sur lui). Ils acceptèrent leur dignitaire Sa`d ibn Mu`âzh (devenu musulman) comme arbitre. Celui-ci émit la sentence que les hommes de la tribu soient liquidés ; les femmes et enfants, pris en esclaves ; et les biens, pris en butin. Ainsi, les hommes – au nombre de 700 – furent-ils détenus dans les maisons des Auxiliaires (Ansâr) jusqu'à ce que prit fin la préparation des fossés consacrés à leur inhumation, une fois tués. Les musulmans furent ainsi épargnés aux vices d'un tel voisinage venimeux. Certes Allah est Puissant, Il est le Détenteur du pouvoir de punir.


Bataille, puis traité d'Al-Hudaybiya
Le Messager (BP sur lui) passa le reste de l'an 5 de l'hégire à Médine, après la bataille d'Al-Khandaq. En l'an 6, il partit à destination de la tribu Banû Lihyân qui avait tué `Âsim ibn Thâbit et ses copains, mais trouva que les hommes de cette tribu s'étaient dispersés. Il mit ensuite le cap sur Zhû Qarad afin de riposter contre l'attaque de sa chamelle laitière menée par `Uyayna ibn Hisn. Au bout d'une brève escarmouche, l'ennemi prit aussitôt la fuite. L'attaque suivante fut dirigée contre les Banû Al-Mustalaq, le Prophète étant averti de leur mobilisation en cours contre lui. Or, il les mit hors de combat, prenant en butin leurs biens et esclaves.


En zhul-qi`da de cette même année, le Messager (BP sur lui) se dirigea vers La Mecque, voulant accomplir le petit pèlerinage (`Umra). Cinq cent mille musulmans – Emigrés Muhâjirîn et Auxiliaires Ansâr – sortirent avec lui. Il amena avec lui les offrandes afin de laisser comprendre qu'il n'a aucune intention guerrière. Il enjoignit à ses Compagnons de n'emporter comme arme que les épées dans leurs étuis ; armes qu'il ne convenait pas de dégainer au sein de la Maison Sacrée. Le Prophète (BP sur lui) avança dans ce cortège jusqu'à `Usfân, un endroit à deux haltes de La Mecque. Là, on vint l'alerter sur la décision qoraïchite commune d'interdire aux musulmans l'accès à La Mecque. Les Qoraïchites s'étaient préparés à la guerre et déjà, ils avaient expédié Khâlid ibn Al-Walîd à la tête de deux-cent cavaliers afin de rabrouer les musulmans.


Ce faisant, les musulmans dévièrent vers une route au sud de La Mecque, jusqu'à ce qu'ils accédassent à Al-Hudaybiya, un endroit près de la ville sacrée qui devait son nom à un puits là-bas. La chamelle du Prophète s'agenouilla dans cet endroit et le Prophète recommanda une halte à ses Compagnons. Un messager du côté qoraïchite vint trouver le Prophète (BP sur lui) et s'enquit sur les desseins des musulmans dans leur progression vers La Mecque. Et le Prophète révéla les intentions musulmanes au messager qoraïchite qui retourna à ses maîtres avec les nouvelles. Se méfiant de sa version, les Qoraïchites expédièrent un autre messager. Celui-ci, d'arrivée au camp musulman, vit les offrandes et entendit tout haut les appels de talbiya (annonçant le pèlerinage). Par suite, il revint à ses maîtres mecquois affirmant : "Les gens sont venus faire le petit pèlerinage ; il ne convient donc pas de les en empêcher. Comment ça se fait que les Lakhm, les Juzhâm et les Himyar puissent accomplir le pèlerinage, alors qu'au fils de `Abd Al-Muttalib, cela est interdit ?" Toutefois, les Qoraïchites fermèrent les yeux sur ce témoignage, et déléguèrent un autre messager. Celui-ci fut surtout touché par l'extrême révérence et l'affection généreuse que les musulmans avaient pour leur prophète. De retour aux siens, il dit : "Par Dieu, je n'ai vu un souverain avec son peuple comme est Mohammed avec ses Compagnons !" Après concertation, une décision fut faite : "Qu'on le fasse rentrer chez lui pour cette année, et qu'il revienne prochainement !"


Au reste, le Prophète (BP sur lui) envoya `Uthmân ibn `Affân sous la tutelle d'un homme des Banû Umayya aux Qoraïchites, afin de rassurer ceux-ci sur ses intentions. Dix musulmans partirent en compagnie de maître `Uthmân avec en vue de visiter leurs proches à La Mecque. Mais la réponse que reçut le messager musulman fut : "Mohammed n'entrera jamais à la ville contre notre gré !" Pire encore, on défendit à maître `Uthmân et à ceux qui étaient avec lui de retourner au camp musulman ; ce qui fit circuler les rumeurs sur l'assassinat du noble Compagnon. Par conséquent, le Prophète (BP sur lui) demanda à ses Compagnons de rester fermes à ses côtés, pour la guerre. Et les Compagnons ne tardèrent pas à lui prêter serment d'allégeance à cet effet. C'était sous un arbre qui fut plus tard surnommé "Arbre de l'Agrément" (Ridwân). Le serment emprunta toujours ce même nom (Serment de l'Agrément). De l'autre côté, les mécréants envoyèrent leurs combattants de la première heure, mais les musulmans en firent douze prisonniers.


Par crainte des contrecoups possibles de l'allégeance musulmane, les infidèles dépêchèrent un homme au Messager d'Allah (BP sur lui) pour négocier un compromis. Après la libération des prisonniers de part et d'autre, dont maître `Uthmân ibn `Affân, les conditions de la trêve firent l'objet de débat et d'accord. Quatre conditions:


Un cessez-le-feu de dix ans entre les deux camps
Retour du Prophète et des musulmans pour la présente année sans visiter La Mecque, et report de leur visite à l'année suivante. Là, ils seraient autorisés à y entrer sans armes, sauf les épées dans leurs étuis, et à y séjourner trois jours en l'absence des Qoraïchites


Engagement musulman d'éconduire tout Qoraïchite voulant les joindre, mais liberté qoraïchite, en cas réciproque, d'accepter ou de renvoyer tout musulman voulant joindre leur camp


Liberté garantie à quiconque voudrait pactiser soit avec les musulmans, ou avec les Qoraïchites, de le faire.


Les clauses de cette trêve furent dictées par le Prophète (BP sur lui), et couchées par écrit par `Alî ibn Abî Tâlib qui en rédigea un document. Les musulmans finirent par accepter de bon gré ce que leur prophète (BP sur lui) avait accepté ; quoique irrités au début de certaines clauses arbitraires. Ainsi, le Prophète (BP sur lui) et les musulmans se désacralisèrent, renonçant à leur `Umra, et regagnèrent Médine. La sourate Al-Fat-h (La Conquête Eclatante, no 48) se référait à cet incident.